Archive for décembre, 2014

Les stratégies de la réussite

11_alberto_campo_baeza_javier-callejas_popup

Le plafond de verre est une réalité, aujourd’hui encore, prégnante et incontestable. Il s’agit d’une situation qui intègre deux phénomènes concomitants, apparemment contradictoires : d’une part, l’augmentation du nombre de femmes dans les professions qualifiées accompagnée du constat de leur implication de plus en plus continue dans des carrières professionnelles et organisationnelles et, d’autre part, le maintien des inégalités face à la carrière ainsi que la position minoritaire dans les hiérarchies organisationnelles des femmes. La plupart d’entre elles sont confrontées à cette situation bloquante pour la progression de leur carrière.

Pourtant, certaines arrivent à briser la glace. L’objet de cet article n’est pas d’analyser les causes ou les conséquences de cette situation mais d’essayer de savoir comment et pourquoi ces femmes y parviennent. Cela peut incontestablement en aider d’autres à suivre le même chemin de la réussite.

Une étude réalisée par Plein Sens pour le Centre d’analyse stratégique[1] s’est attachée à  identifier quels étaient les déterminants d’avancement de carrière des femmes « ayant atteint les plus hauts niveaux hiérarchiques » de leur organisation.

Il ressort de cette intéressante étude quatre déterminants particulièrement structurants.

En premier lieu et sans surprise, cette dernière note que la socialisation primaire et le parcours de formation jouent un rôle positif tout au long de la carrière de ces femmes.

En second lieu, il est constaté chez ces mêmes femmes qu’elles adoptent fréquemment des postures de contournement. Ceci s’explique du fait que les modes de structuration des carrières induits par les organisations leur sont souvent défavorables et que les parcours balisés fondés sur des règles qui apparaissent de prime abord neutres sont, de fait, bâties sur un modèle de carrière au masculin.

En troisième lieu, il ressort de l’étude que la recherche de visibilité et l’affirmation d’une ambition sont à l’évidence des leviers pour avancer. Toutes ces femmes entretiennent leur réseau et en priorité celui qu’elles se sont constitué, fait d’anciens collègues ou supérieurs hiérarchiques.

Enfin, ces femmes reconnaissent que la disponibilité au travail et l’engagement ont été deux déterminants essentiels pour leur carrière et que cette disponibilité temporelle a été à la fois une conséquence de leur réussite et ce qui a permis leur ascension.

Jacqueline Laufer, professeur au Groupe HEC, s’est, elle aussi, intéressée[2] aux stratégies et aux comportements divers que les femmes adoptent en matière de carrière, pour venir à bout des obstacles visibles et invisibles qui les séparent du sommet des hiérarchies professionnelles et organisationnelles. Elle constate que les facteurs qui ont pesé favorablement sur l’augmentation de la part des femmes dans les professions qualifiées, parmi les cadres et les managers, ne sont pas les mêmes que ceux qui déterminent l’accès aux sphères supérieures du pouvoir organisationnel. Le plafond de verre apparait comme le résultat de l’interaction complexe entre processus organisationnels et stratégies des femmes.

Terminons par une remarque de bon sens, comme la publicité du loto qui rappelle que 100% des gagnants ont tenté leur chance, la conclusion d’une étude très sérieuse et récente constate que si les femmes sont moins souvent promues que les hommes à l’Université française (l’étude en question ne porte que sur le domaine des sciences économiques) c’est tout simplement qu’elles candidatent moins souvent aux concours de promotion[3].

L’une des causes possibles avancée par l’étude est que les femmes postuleraient moins que leurs collègues par anticipation d’une discrimination, même si, dans les faits, aucune discrimination effective n’apparait.

Cet état de fait a pour conséquence qu’une absence totale de discrimination au moment du choix de la personne promue parmi les candidats ne suffirait donc pas à augmenter largement le taux de promotion des femmes.

 

Un seul conseil, Mesdames, osez !

 

 

Alki Simon

Directeur associé. Opaliance.



[1] « Plafond de verre : les déterminants de l’avancement de carrière des cadres féminins » Mars 2013

[2] « La construction du plafond de verre : le cas des femmes cadres à potentiel » Travail et emploi n°102. Avril – Juin 2005.

[3] « Pourquoi les femmes occupent-elles moins de postes à responsabilité ? Une analyse des promotions universitaires en économie ». par Clément Bosquet, Pierre-Philippe Combes et Cecilia Garcia-Penalosa. SciencesPo LIEPP (Le Laboratoire Interdiciplinaire d’Evaluation des Politiques Publiques). Octobre 2014.

Dites à vos filles !

partition-bach-femme

Votre fille est petite mais surement pas trop pour être bercée par du Bach ; et c’est peut être l’occasion pour elle d’apprendre qu’Anna Magdalena Bach aurait écrit certaines partitions, parmi les plus célèbres, de son époux. Vous pourrez lui expliquer comment, à l’époque, la discrétion des femmes était de rigueur, elles vivaient dans l’ombre et c’était naturel.

Si elle est un peu plus grande, vous pourrez l’encourager dans sa scolarité en lui apprenant que, en France, comme dans la plupart des autres pays développés, quel que soit le niveau d’enseignement et quelle que soit la filière ou la discipline considérée, les filles réussissent mieux leurs études[1]. Elles mènent des études plus longues et elles sont plus souvent diplômées du supérieur. Précisez-leur que les études sont un préalable souvent nécessaire, mais loin d’être suffisant pour une femme (ambitieuse).

Vous lui expliquerez aussi que la parité femme-homme est source d’innovation, que toutes les études de performance économique et financière s’accordent pour montrer qu’une telle diversité à tous les niveaux de l’entreprise, et plus particulièrement dans les instances dirigeantes, est un facteur de performance et de rentabilité. C’est aussi pour cette raison que les entreprises ont intérêt à développer un certain équilibre. Si la loi Copé/Zimmermann obligeant les entreprises du CAC 40 à avoir 40% de femmes dans leur conseil d’administration d’ici 2017 est en train de permettre de briser le plafond de verre ; celui-ci reste encore bien solide dans les comités de direction ou comités exécutifs et il serait sans doute utile qu’une telle règle s’y applique également.

Vous lui direz que pour grimper à l’échelle du leadership, il faut à une femme la capacité à dépasser les barrières internes et externes qui l’en empêchent. Que pour mieux réussir, il est utile d’acquérir confiance en soi et égoïsme ce qui n’est souvent, pour une femme pas si naturel.

Vous l’encouragerez à oser. Qu’elle ose dans tous les domaines. Qu’elle ose s’engager vers un métier innovant, comme par exemple dans la science dite duresii[2]. Qu’elle ose demander une augmentation. Qu’elle ose prétendre à un poste pour lequel « on » ne pense pas spontanément à elle. Qu’elle ose affirmer et communiquer sur la paternité de ses actions.

Enfin, vous lui apprendrez ce que l’on n’apprend pas à l’école : qu’il faut maitriser les codes et que le plus tôt sera le mieux. Qu’avoir recours à un mentor peut beaucoup aider, que la visibilité est une stratégie et que se créer un réseau, l’entretenir et y consacrer du temps est nécessaire et fondamental.

Il lui faudra admettre que le rôle du conjoint dans la réussite professionnelle d’une femme est déterminant et que les habitudes prises sont difficiles à changer, qu’investissement il y aura et qu’il faudra l’assumer pleinement pour bien le vivre.

Vous pouvez également dire à votre fille que si les femmes sont moins souvent promues que les hommes à l’Université française (l’étude ne porte que sur le domaine des sciences économiques) c’est tout simplement qu’elles candidatent moins souvent aux concours de promotion, toutes choses égales par ailleurs[3].

Et si vous avez un fils, vous pouvez également lui en parler car il serait bien qu’il se sente, lui aussi, concerné.

 

Alki Simon

Directeur associé. Opaliance.



[1]68 % d’une génération de filles possèdent le baccalauréat contre 56 % pour les garçons Données sociales INSEE La société française. 2006

[2] Selon l’article « Et si former les ingénieurs aux enjeux de la parité hommes/femmes favorisait l’innovation » Journal des Grandes Ecoles et Universités. N°69. Janvier – Février – Mars 2014, les filles ne représentent qu’autour de 10% dans les sciences dites duresii.

[3] « Pourquoi les femmes occupent-elles moins de postes à responsabilité ? Une analyse des promotions universitaires en économie ». par Clément Bosquet, Pierre-Philippe Combes et Cecilia Garcia-Penalosa. SciencesPo LIEPP (Le Laboratoire Interdiciplinaire d’Evaluation des Politiques Publiques). Octobre 2014.