Votre fille est petite mais surement pas trop pour être bercée par du Bach ; et c’est peut être l’occasion pour elle d’apprendre qu’Anna Magdalena Bach aurait écrit certaines partitions, parmi les plus célèbres, de son époux. Vous pourrez lui expliquer comment, à l’époque, la discrétion des femmes était de rigueur, elles vivaient dans l’ombre et c’était naturel.

Si elle est un peu plus grande, vous pourrez l’encourager dans sa scolarité en lui apprenant que, en France, comme dans la plupart des autres pays développés, quel que soit le niveau d’enseignement et quelle que soit la filière ou la discipline considérée, les filles réussissent mieux leurs études[1]. Elles mènent des études plus longues et elles sont plus souvent diplômées du supérieur. Précisez-leur que les études sont un préalable souvent nécessaire, mais loin d’être suffisant pour une femme (ambitieuse).

Vous lui expliquerez aussi que la parité femme-homme est source d’innovation, que toutes les études de performance économique et financière s’accordent pour montrer qu’une telle diversité à tous les niveaux de l’entreprise, et plus particulièrement dans les instances dirigeantes, est un facteur de performance et de rentabilité. C’est aussi pour cette raison que les entreprises ont intérêt à développer un certain équilibre. Si la loi Copé/Zimmermann obligeant les entreprises du CAC 40 à avoir 40% de femmes dans leur conseil d’administration d’ici 2017 est en train de permettre de briser le plafond de verre ; celui-ci reste encore bien solide dans les comités de direction ou comités exécutifs et il serait sans doute utile qu’une telle règle s’y applique également.

Vous lui direz que pour grimper à l’échelle du leadership, il faut à une femme la capacité à dépasser les barrières internes et externes qui l’en empêchent. Que pour mieux réussir, il est utile d’acquérir confiance en soi et égoïsme ce qui n’est souvent, pour une femme pas si naturel.

Vous l’encouragerez à oser. Qu’elle ose dans tous les domaines. Qu’elle ose s’engager vers un métier innovant, comme par exemple dans la science dite duresii[2]. Qu’elle ose demander une augmentation. Qu’elle ose prétendre à un poste pour lequel « on » ne pense pas spontanément à elle. Qu’elle ose affirmer et communiquer sur la paternité de ses actions.

Enfin, vous lui apprendrez ce que l’on n’apprend pas à l’école : qu’il faut maitriser les codes et que le plus tôt sera le mieux. Qu’avoir recours à un mentor peut beaucoup aider, que la visibilité est une stratégie et que se créer un réseau, l’entretenir et y consacrer du temps est nécessaire et fondamental.

Il lui faudra admettre que le rôle du conjoint dans la réussite professionnelle d’une femme est déterminant et que les habitudes prises sont difficiles à changer, qu’investissement il y aura et qu’il faudra l’assumer pleinement pour bien le vivre.

Vous pouvez également dire à votre fille que si les femmes sont moins souvent promues que les hommes à l’Université française (l’étude ne porte que sur le domaine des sciences économiques) c’est tout simplement qu’elles candidatent moins souvent aux concours de promotion, toutes choses égales par ailleurs[3].

Et si vous avez un fils, vous pouvez également lui en parler car il serait bien qu’il se sente, lui aussi, concerné.

 

Alki Simon

Directeur associé. Opaliance.



[1]68 % d’une génération de filles possèdent le baccalauréat contre 56 % pour les garçons Données sociales INSEE La société française. 2006

[2] Selon l’article « Et si former les ingénieurs aux enjeux de la parité hommes/femmes favorisait l’innovation » Journal des Grandes Ecoles et Universités. N°69. Janvier – Février – Mars 2014, les filles ne représentent qu’autour de 10% dans les sciences dites duresii.

[3] « Pourquoi les femmes occupent-elles moins de postes à responsabilité ? Une analyse des promotions universitaires en économie ». par Clément Bosquet, Pierre-Philippe Combes et Cecilia Garcia-Penalosa. SciencesPo LIEPP (Le Laboratoire Interdiciplinaire d’Evaluation des Politiques Publiques). Octobre 2014.

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